lundi 2 février 2026

Conseil n° 34 : Le froid n'est pas l'ennemi des livres

 


En hiver, on se réjouit souvent d’une maison bien chauffée.

Mais pour les livres, un air trop sec peut devenir un ennemi discret… et durable.

Radiateurs, cheminées, poêles, chauffage électrique : tous ont un point commun.
Ils assèchent l’air — parfois sans que l’on s’en rende compte.

Quand l’air manque d’humidité

Le papier, le cuir et les colles ont besoin d’un minimum d’humidité pour rester souples.
Lorsque l’air devient trop sec, les matériaux se contractent.

Le résultat n’est pas immédiat, mais il est très reconnaissable :

  • des pages qui deviennent rigides,

  • un papier qui “craque” au toucher,

  • des dos qui grincent ou se fendent à l’ouverture,

  • des cuirs qui perdent leur souplesse.

Pourquoi le chauffage aggrave la situation

Dans une maison peu occupée, le chauffage est souvent allumé brutalement pour quelques jours.
L’air se réchauffe vite, mais l’humidité ne suit pas.

Le livre, lui, subit cette sécheresse sans pouvoir s’y adapter.
Ce n’est pas une casse franche, mais une fatigue progressive des matériaux.

Les bons réflexes

Quelques gestes simples permettent de limiter les dégâts :

  • éviter de placer les livres près d’une source de chaleur directe,

  • maintenir une température raisonnable,

  • aérer régulièrement, même en hiver,

  • surveiller l’ambiance générale plutôt que le livre isolé.

Un air trop sec est plus dangereux qu’un air frais et stable.

Ce qu’il vaut mieux éviter

  • Humidifier directement un livre,

  • utiliser des sprays ou des produits “miracles”,

  • forcer l’ouverture d’un ouvrage devenu rigide.

Un livre cassant n’a pas besoin d’humidité immédiate, mais de temps et de douceur.

En conclusion

Quand l’air est trop sec, le livre se ferme sur lui-même.
Pages cassantes, dos qui craquent sont des signaux d’alerte à ne pas ignorer.

En hiver, protéger ses livres, c’est aussi prendre soin de l’air qui les entoure.

vendredi 30 janvier 2026

Un livre qui parle juste : La relieuse du Gué




Ce mois-ci, j’avais envie de partager un petit moment de lecture avec vous : un roman que j’ai aimé, et qui dit quelque chose de très juste sur le lien entre un livre confié… et celui ou celle qui le reçoit.

Dans La relieuse du Gué, ce qui m’a touchée, c’est cette relation silencieuse entre l’objet et les vies qu’il a traversées. Le livre n’est jamais neutre : il arrive chargé d’histoires, parfois visibles, souvent invisibles.

Le geste du métier est là, précis, respectueux, sans jamais être mis en scène. On sent le temps long, l’attention, la responsabilité. Rien n’est spectaculaire, et c’est justement ce qui sonne juste.
L’autrice étant relieuse, cela ne trompe pas.

Ma devise dit « Médecin du livre : Parce que Restaurer les livres,  c’est sauver des fragments de vie. »

Ce roman, à sa manière, me rappelle pourquoi j’y crois. 


Anne Delafotte-Mehdevi / La relieuse du gué.

lundi 26 janvier 2026

Les noms qui ont fait l'histoire de la reliure : Jean Grolier, un humaniste au coeur du livre

 


Jean Grolier n’était pas relieur.
Et pourtant, son nom est devenu l’un des plus importants de l’histoire de la reliure.

Humaniste du XVIᵉ siècle, grand lecteur et bibliophile exigeant, Jean Grolier aimait les livres pour ce qu’ils contiennent autant que pour la manière dont ils sont faits.

Le livre comme espace de partage

Grolier lit, annote, prête. Sa devise, Io. Grolierii et Amicorum — « à Jean Grolier et à ses amis » — dit clairement sa vision : le livre n’est pas un objet figé, mais un compagnon de pensée destiné à circuler.

Cette conception humaniste influence directement la reliure. Elle ne doit ni écraser le texte, ni l’éclipser, mais l’accompagner avec justesse.

Commander avec intelligence

L’apport de Grolier au métier de relieur tient surtout à son rôle de commanditaire éclairé.
Il demande des reliures cohérentes, pensées comme un tout, où structure, décor et contenu dialoguent.

Les reliures dites « à la Grolier » se reconnaissent à leurs entrelacs géométriques, leurs filets dorés mesurés, leurs compositions équilibrées. Rien d’ostentatoire : tout est question d’ordre, de clarté et de mesure.

Un dialogue avec les relieurs

Grolier s’entoure de relieurs de grand talent, à Paris comme en Italie, et travaille avec eux dans un véritable échange.
Par cette exigence partagée, il contribue à élever la reliure au rang de langage visuel, et le relieur au rang d’interprète.

Un héritage durable

Aujourd’hui encore, le nom de Grolier évoque une idée forte : celle d’un livre pensé dans son ensemble, au service du texte et du lecteur.

Sans manier les outils, Jean Grolier a profondément influencé un métier, simplement en sachant ce qu’il attendait d’un livre — et en le demandant avec intelligence.

Références:

  • Bibliothèque nationale de France — fonds Grolier, reliures humanistes

  • Georges Colin, La reliure française — Renaissance et bibliophilie humaniste

  • Mirjam Foot, travaux sur la reliure de la Renaissance 

vendredi 23 janvier 2026

Les grands illustrateurs : Gustave Doré : l’homme qui a mis des images dans notre imaginaire

 


On a tous “vu” Doré, même sans le savoir.
Ses forêts, ses enfers, ses géants, ses cathédrales d’ombre et de lumière : ce sont des images qui semblent avoir toujours existé. Et pourtant, elles sortent d’un atelier bien réel, d’une main très rapide, et d’un parcours fulgurant.

Une formation… à toute vitesse

Gustave Doré (1832–1883) est un prodige précoce. Très jeune, il dessine sans relâche, publie tôt, et monte à Paris avec une énergie impressionnante.
Il n’est pas le produit d’une école sage : il se forme en travaillant, en observant, en produisant énormément — caricature, presse, illustration. Il apprend le livre en le pratiquant.

De l’image imprimée à l’image “monument”

Doré ne se contente pas d’illustrer : il pense en scènes.
Ses compositions ont quelque chose de théâtral : un clair-obscur puissant, des détails foisonnants, des architectures vertigineuses. Et surtout une capacité rare à raconter une histoire en une seule image.

Techniquement, son œuvre passe souvent par la gravure sur bois (réalisée par des graveurs d’après ses dessins). C’est une chaîne de métiers : Doré dessine, d’autres traduisent en bois, l’éditeur imprime, et le livre circule. Un petit monde où l’image naît collective, même si l’étincelle reste la sienne.

Les livres qu’il a illustrés

Doré a illustré des textes immenses, au sens propre : des monuments littéraires. Parmi les plus célèbres :

  • Dante, La Divine Comédie (images devenues iconiques)

  • Cervantès, Don Quichotte

  • Rabelais, Gargantua et Pantagruel

  • Perrault, Contes

  • La Bible (un tournant majeur dans sa notoriété)

Ce qui est fascinant, c’est qu’il ne “décore” pas : il interprète. Il propose un monde visuel complet qui influence durablement la manière dont on imagine ces textes.

Les éditeurs : l’image comme événement

Doré travaille avec de grands éditeurs, en France et à l’étranger. Au XIXe siècle, l’illustration est une force commerciale énorme : une édition illustrée peut transformer un texte en best-seller, ou du moins en objet désiré.

Doré devient ainsi un argument en couverture : on n’achète pas seulement un auteur, on achète un univers visuel.

Et les relieurs ?

Doré n’est pas “le” décorateur de reliures au sens strict (comme un relieur-doreur l’est), mais son succès alimente un marché : celui des éditions illustrées que l’on fait relier “à façon”, en demi-maroquin, en plein cuir, en reliures d’amateur, parfois somptueuses.

Autrement dit : Doré ne travaille pas à l’établi du relieur, mais il crée des livres qu’on a envie de faire relier. Et ça, pour l’histoire du livre, c’est un impact très concret.

Pourquoi il compte encore

Parce qu’il a fait une chose rare : il a illustré non seulement des histoires, mais des imaginaires entiers.
Et quand une image devient la première chose que l’on “voit” en pensant à un texte, c’est qu’elle a gagné sa place dans la mémoire collective.


Références

  • BnF / Gallica : dossiers et éditions numérisées autour de Gustave Doré (recherches “Doré” + titres illustrés).

  • Musée d’Orsay (notices) : Doré, illustrateur et artiste du XIXe siècle.

  • Ouvrage de référence : catalogues d’expositions consacrées à Gustave Doré (souvent très riches en notices et bibliographie).

  • Études sur l’illustration du XIXe : ouvrages sur l’édition illustrée et la gravure sur bois au XIXe siècle (contexte métiers : dessinateur, graveur, éditeur).

lundi 19 janvier 2026

Lieux insolites du savoir

Les bibliothèques du Mont Athos : un savoir derrière la porte

Sur une péninsule montagneuse du nord de la Grèce, le Mont Athos abrite depuis plus de mille ans une république monastique autonome.
Ici, le savoir ne s’expose pas : il se retire.

Un lieu fermé par principe

Le Mont Athos n’est pas inaccessible par oubli, mais par règle.
L’accès y est strictement contrôlé, et interdit aux femmes depuis le Moyen Âge. Ce cadre singulier façonne aussi la manière dont les livres y sont conservés.

Chaque monastère possède sa bibliothèque, souvent dissimulée dans des espaces peu visibles :

  • pièces fermées,

  • étages hauts,

  • accès réservés aux moines ou à quelques chercheurs autorisés.

Des bibliothèques sans vitrine

Les bibliothèques du Mont Athos ne sont pas pensées comme des lieux de consultation publique.
Elles conservent des milliers de manuscrits byzantins, liturgiques, théologiques, parfois uniques. Leur mission première n’est pas la diffusion, mais la survivance.

Ici, le livre n’est pas un objet à montrer, mais un texte à préserver.

Une inaccessibilité féconde

Ce retrait a longtemps protégé des œuvres que le temps, les conflits ou l’oubli auraient pu faire disparaître.
Paradoxalement, c’est cette inaccessibilité qui a permis la transmission.

Lorsque des chercheurs sont admis, c’est pour un temps limité, sous conditions strictes, et toujours dans le respect du rythme monastique.

Ce que ce lieu nous rappelle

Le Mont Athos rappelle que le savoir n’a pas toujours été conçu comme immédiatement disponible.
Il a parfois fallu le mettre à distance, le garder hors du regard, pour qu’il traverse les siècles.

Un savoir derrière une porte entrouverte — mais toujours vivant.


Références 

  • Mont Athos — dossiers de la BnF et de l’UNESCO sur les manuscrits athonites.

  • Bibliothèque nationale de France (Gallica) : études sur les manuscrits byzantins et leur conservation monastique.

  • UNESCO : classement du Mont Athos et description de son patrimoine écrit.

vendredi 16 janvier 2026

Pages perdues de l'histoire : Les livres absents

 


L’Antiquité nous a laissé de nombreux textes.

Mais elle nous a aussi légué des livres absents, dont on connaît l’existence sans en posséder une seule page.

Le De natura rerum de Sénèque l’Ancien en fait partie.

Un auteur, un livre… disparu

Sénèque l’Ancien, père du philosophe Sénèque, est un auteur romain du Ier siècle.
Il est connu pour ses ouvrages sur la rhétorique, dont certains nous sont parvenus. Mais il est aussi l’auteur d’un traité intitulé De natura rerumaujourd’hui entièrement perdu.

Ce livre n’est pas une supposition : il est mentionné explicitement par des auteurs antiques postérieurs, notamment par son propre fils.

Ce que l’on sait de l’ouvrage

Le De natura rerum aurait traité des phénomènes naturels :
le ciel, les éclipses, les tremblements de terre, les vents, les catastrophes naturelles.
Un sujet très prisé à Rome, à la croisée de la philosophie, de la science et de la morale.

Ce type d’ouvrage visait à expliquer le monde sans recourir uniquement au mythe — une démarche déjà rationnelle.

Pourquoi le livre a disparu

Aucune copie médiévale connue n’a traversé le temps.
Or, sans copies, un texte disparaît mécaniquement.

Plusieurs facteurs expliquent cette perte :

  • concurrence avec des œuvres similaires mieux diffusées,

  • désintérêt progressif des copistes médiévaux pour certains textes scientifiques antiques,

  • fragilité matérielle des manuscrits,

  • sélections opérées dans les bibliothèques monastiques.

Le livre n’a pas été détruit : il n’a pas été recopié.

Ce que cette absence nous dit

Le cas du De natura rerum de Sénèque l’Ancien rappelle une vérité simple :
un texte n’existe que s’il est transmis.

Sans lecteurs, sans copistes, sans relieurs, le livre s’efface — parfois sans bruit, parfois sans regret, mais toujours définitivement.

Il ne reste alors qu’un titre.
Et derrière lui, une bibliothèque imaginaire.

Références

  • Sénèque l’Ancien, mentions du De natura rerum dans les sources antiques.

  • Histoire des textes latins, notices sur les œuvres perdues de l’Antiquité.

  • Jacques Le Goff, sur la transmission et la sélection des textes.

  • Bibliothèque nationale de France (Gallica) : articles sur la perte des textes antiques.

lundi 12 janvier 2026

Histoire de la reliure

 















Des ais de bois au carton : une révolution discrète

Le temps des ais de bois

Jusqu’au XVIᵉ siècle, les plats en bois dominent. Lourds, résistants, ils maintiennent fermement les cahiers cousus. Le livre est alors un objet précieux, souvent consulté sur place, parfois enchaîné, rarement transporté.

La solidité prime sur la maniabilité.

L’arrivée du carton

À partir de la fin du XVIᵉ siècle et surtout au XVIIᵉ, le carton apparaît comme une alternative. Plus léger, plus souple, plus économique.
Ce changement accompagne plusieurs évolutions majeures :

  • la diffusion accrue du livre imprimé

  • l’essor de la lecture individuelle

  • le besoin de transporter, ranger, multiplier les volumes

Le livre sort peu à peu du meuble pour entrer dans la vie quotidienne.

Une révolution sans manifeste

Il n’y a pas eu de rupture brutale ni de proclamation.
Le carton s’est imposé par usage, par pragmatisme. Les relieurs adaptent leurs pratiques, les lecteurs leurs attentes. Le livre devient moins massif, mais pas moins précieux.

Héritage

Aujourd’hui encore, le carton est au cœur de la reliure moderne, qu’elle soit d’éditeur ou artisanale.
Cette “révolution discrète” a changé durablement notre rapport au livre : plus proche, plus mobile, plus vivant.


 

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vendredi 9 janvier 2026

Les surnoms des métiers du livre

 



“Le chineur” : d’où vient le mot… et le geste ?


Le mot chineur évoque aujourd’hui quelqu’un qui fouille, qui cherche, qui repère.
Mais à l’origine, il ne s’agissait pas seulement d’acheter — il s’agissait surtout de regarder.

Chiner, ce n’est pas acheter

Chiner, c’est prendre le temps. Examiner un dos, une tranche, un papier. Sentir, soupeser, ouvrir sans brusquer.
Le chineur ne cherche pas forcément une valeur marchande : il cherche un indice, une histoire, parfois une anomalie.

Une pratique avant un métier

Avant d’être associé aux brocantes, le geste de “chiner” s’inscrit dans une culture du regard et de la patience.
Dans le monde du livre, le chineur est celui qui sait reconnaître :

  • une reliure ancienne sous une couverture fatiguée

  • un tirage discret

  • un livre mal classé, mais pas banal

Un surnom parlant

Dans les métiers du livre, “le chineur” est souvent respecté.
Il ne fait pas de bruit, ne se précipite pas, mais voit ce que d’autres ne regardent plus.

Un métier de lenteur, dans un monde pressé.

mercredi 7 janvier 2026

Paroles d’atelier



L’apprentissage : paroles d’apprentis dans l’imprimerie

On entrait en imprimerie jeune. Très jeune parfois.
Souvent sans discours, sans cérémonie, avec un simple : « Tu verras bien. »

L’apprentissage n’était pas seulement un temps de formation : c’était une mise à l’épreuve.

Apprendre en regardant

Dans les ateliers d’imprimerie, l’apprenti parle peu. Il observe.
Les gestes se transmettent sans manuel : tenir la casse, répartir les caractères, ne pas les mélanger, les ranger sans bruit.

Un ancien rapportait qu’on reconnaissait un apprenti non pas à ses erreurs, mais à sa manière de se tenir : un peu raide, toujours attentif à ne pas gêner.

Le silence comme première règle

Dans beaucoup d’ateliers, le silence était imposé.
Non par sévérité gratuite, mais parce que l’erreur coûte cher : une lettre inversée, une ligne mal composée, et tout recommence.

Un apprenti racontait avoir compris son métier le jour où on lui reprocha non pas une faute, mais un bruit inutile.

Les tâches avant le texte

Avant de toucher aux caractères, il fallait balayer, porter, nettoyer, trier.
Le plomb noircissait les mains avant de les rendre habiles. Ce n’était pas une punition, mais une manière d’entrer dans la matière.

Apprendre sa place

L’apprenti n’est pas encore imprimeur.
Il ne signe rien, ne décide rien. Mais il apprend l’essentiel : le livre est une œuvre collective.

Un ancien compagnon disait :
« On ne faisait pas des livres pour soi, mais pour que le texte arrive juste chez celui qui le lirait. »

Ce que l’apprentissage laissait

Tous ne restaient pas dans le métier.
Mais tous emportaient quelque chose : le respect du geste, la patience, et la conscience que le livre se fabrique à plusieurs mains, même quand elles restent invisibles.

Références 

  • Martin Nadaud, Léonard, maçon de la Creuse, Léonard, maçon de la Creuse — témoignage ouvrier souvent mobilisé pour comprendre les apprentissages artisanaux au XIXᵉ siècle.

  • Georges Ribeill, Les ouvriers du livre et leurs syndicats — sur la formation, la discipline et la transmission dans les métiers du livre.

  • Bibliothèque nationale de France (Gallica) — articles et enquêtes sur l’apprentissage typographique et la vie d’atelier (XIXᵉ–début XXᵉ).

lundi 5 janvier 2026

Conseil n°33 : Maison de famille : l’humidité, cet hôte discret de l’hiver


 Quand la maison se referme pour l’hiver, les livres restent.

Les maisons de vacances, de famille,  ont un point commun : on y vient par intermittence… mais les livres, eux, y restent toute l’année.

L’hiver, volets clos, chauffage éteint, air immobile : c’est la saison idéale pour une humidité discrète, celle qui ne fait pas de bruit mais qui travaille lentement. Et les livres sont souvent les premiers à encaisser.

Un ennemi silencieux

Dans une résidence peu occupée, l’humidité ne se manifeste pas forcément par de grandes taches spectaculaires. Elle commence plus subtilement :

  • une odeur légèrement “fermée” quand on ouvre la porte,

  • des pages qui ondulent à peine,

  • une couverture qui semble moins plane,

  • des tranches un peu “pelucheuses”.

Rien d’alarmant, en apparence. Et pourtant.

Pourquoi les livres sont particulièrement exposés

Un livre est fait de papier, de colle, parfois de cuir ou de toile. Autant de matériaux qui absorbent et restituent l’humidité.
Dans une maison fermée plusieurs semaines, sans circulation d’air, ils deviennent de véritables capteurs hygrométriques… sans bouton d’arrêt.

Les bons réflexes avant de quitter la maison

Avant de fermer pour l’hiver (ou entre deux séjours), quelques gestes simples peuvent faire une vraie différence :

  • Ne pas coller les bibliothèques contre les murs extérieurs

  • Éviter de ranger les livres trop serrés

  • Surélever légèrement les étagères basses

  • Aérer longuement lors de chaque passage, même par temps froid

Et si possible, laisser respirer la pièce plutôt que de la sceller complètement.

Ce qu’il vaut mieux éviter

Par souci de protection, on fait parfois exactement l’inverse de ce qu’il faudrait :

  • Enfermer les livres dans des housses plastiques

  • Les rapprocher d’un radiateur “pour les sécher”

  • Frotter une zone suspecte “pour voir”

Ces gestes, bien intentionnés, aggravent souvent la situation.

Au retour des beaux jours

Si, au printemps, une odeur persiste ou si plusieurs ouvrages présentent des signes visibles, mieux vaut s’arrêter là et demander conseil.
Un traitement trop énergique peut causer plus de dégâts que l’humidité elle-même.

En conclusion

Dans une maison de vacances, les livres vivent seuls une bonne partie de l’année.
Les observer, leur laisser de l’air et un peu d’espace, c’est déjà les protéger.

L’humidité prévient toujours avant d’attaquer. Encore faut-il savoir écouter.

Conseil n° 34 : Le froid n'est pas l'ennemi des livres

  En hiver, on se réjouit souvent d’une maison bien chauffée. Mais pour les livres, un air trop sec peut devenir un ennemi discret… et dura...