lundi 13 juillet 2026

Histoire de la reliure : Le cousoir, l’outil qui relie les pages






Avant d’être couvert, doré ou décoré, un livre doit d’abord tenir ensemble.

C’est là qu’intervient le cousoir.

Son nom dit presque tout : il vient du verbe coudre, avec le suffixe -oir, qui désigne souvent un instrument. Le cousoir est donc, littéralement, l’outil qui sert à coudre. En reliure, il permet de tendre les ficelles, rubans ou nerfs sur lesquels les cahiers du livre seront assemblés.

La couture du livre est très ancienne. Avant l’usage du cousoir tel qu’on l’imagine aujourd’hui, certains livres étaient cousus sans ficelles extérieures servant de base. Berthe Van Regemorter, dans son étude sur l’évolution de la reliure du VIIIᵉ au XIIᵉ siècle, rappelle que les premières reliures influencées par les techniques coptes relevaient d’une couture où le fil liait les cahiers entre eux sans support extérieur.

Peu à peu, la couture sur supports s’impose dans la reliure occidentale. Le cousoir devient alors un allié précieux : il maintient les supports en tension, garde leur écartement régulier et permet au relieur de coudre les cahiers avec précision.

Il ne faut pourtant pas imaginer un outil parfaitement identique partout en Europe. Le principe est commun, mais les pratiques varient. Les structures de reliure du XVe siècle montrent déjà des différences régionales : en Italie, les cahiers sont souvent préparés par des trous ronds faits à l’aiguille ou à l’alêne, tandis que dans les Pays-Bas on trouve plus volontiers des fentes faites au couteau. Les livres italiens étudiés présentent aussi souvent trois supports de couture, alors que les reliures des Pays-Bas en ont fréquemment quatre ou davantage.

L’Allemagne a également ses particularités. Certains cousoirs allemands utilisent une traverse supérieure rainurée, avec des crochets ou des pinces réglables qui peuvent coulisser et se régler en hauteur. Ce détail montre bien que le cousoir n’est pas un objet figé : il s’adapte aux habitudes d’atelier, aux types de couture et aux ouvrages à réaliser.

L’anecdote est intéressante : en observant une reliure ancienne, on peut parfois deviner une origine géographique non par son décor, mais par sa structure intérieure. Le nombre de supports, leur largeur, leur préparation, la manière dont les cahiers sont percés ou fendus sont autant d’indices. Le cousoir travaille donc dans l’ombre, mais il laisse des traces dans le corps même du livre.

Son usage reste simple à comprendre : le relieur tend les supports sur le cousoir, place les cahiers les uns après les autres, puis les coud autour de ces supports. Peu à peu, les feuilles pliées deviennent un corps d’ouvrage.

Modeste en apparence, le cousoir raconte une grande histoire : celle du fil qui transforme des pages séparées en livre durable.


Références

  • CNRTL / dictionnaires : origine du mot cousoir, dérivé de coudre avec le suffixe instrumental -oir.
  • Berthe Van Regemorter, Évolution de la technique de la reliure du VIIIᵉ au XIIᵉ siècle, Scriptorium, 1948.
  • Pamela Spitzmueller Anderson, étude sur les structures de reliure du XVe siècle en Italie et aux Pays-Bas.
  • Jeff Peachey, notes sur les formes de cousoirs et accessoires de couture de type allemand.

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