En reliure, le cuir n’est pas une simple peau. C’est une matière transformée, préparée pour devenir plus stable, plus souple et plus durable. Cette transformation est essentielle : sans elle, la peau resterait vulnérable, instable, impropre à un usage durable sur un livre.
Au cœur de cette transformation se trouve le tannage.
De la peau au cuir : le rôle du tannage
Tanner, c’est rendre la peau imputrescible, résistante et apte à devenir une couvrure. Dans la tradition européenne, ce travail s’effectue souvent à partir du tan, c’est-à-dire d’écorces, notamment de chêne, réduites et utilisées dans la préparation des cuirs.
Les textes anciens décrivent bien ce passage de la peau au cuir : après préparation, notamment à la chaux, la peau est mise dans la fosse au tan pour devenir un matériau stable, propre à divers usages, dont la reliure.
Autrement dit, un cuir de reliure est déjà le résultat d’un long travail de transformation.
Trois grandes familles de tannage
On distingue, de façon simple, trois grandes familles :
Le tannage végétal
C’est le plus étroitement lié à la tradition de la reliure. Il utilise des tanins d’origine végétale, comme ceux de l’écorce de chêne. Il reste une référence importante lorsqu’on parle de cuir de reliure.
L’alun
Certaines peaux peuvent être préparées à l’alun. Les textes anciens mentionnent cet usage, notamment pour des couvertures de livres. Il s’agit d’une autre logique de préparation, distincte du tannage végétal.
Le chrome
Plus moderne, il appartient à des procédés industriels plus récents. Dans le domaine patrimonial, on recherche plutôt des cuirs compatibles avec les exigences de conservation, et l’absence de chrome fait partie des critères souvent retenus pour certains usages spécialisés.
Les mots utiles pour lire un cuir
Pour comprendre un cuir, quelques termes sont essentiels.
La fleur
C’est le côté extérieur de la peau, celui du poil.
La chair
C’est le côté intérieur.
Cette distinction est fondamentale pour observer, identifier et comprendre un cuir.
Le grain
Le grain correspond au relief, au dessin de surface. Il varie selon l’animal, mais aussi selon les traitements et les apprêts. Certains cuirs présentent un grain naturel très visible ; d’autres peuvent recevoir un grain donné par travail de surface.
Quelques cuirs courants en reliure
Le veau
Plutôt lisse, avec peu de grain apparent, il a été très utilisé dans la reliure européenne.
La basane
Issue du mouton, elle est courante, souvent teintée, mais généralement moins résistante. Sa fleur peut s’user et prendre un aspect pelucheux avec le temps.
Le maroquin
Traditionnellement lié à la chèvre, il présente un grain plus visible et plus régulier. Il est souvent associé à des reliures de qualité ou de prestige.
Le porc
Plus épais, très robuste, il se reconnaît à ses pores caractéristiques.
Il faut enfin rappeler qu’un matériau voisin ne doit pas être confondu avec le cuir : le parchemin n’est pas un cuir tanné, mais une peau préparée sans tannage.
Une matière à lire autant qu’à regarder
En reliure, le cuir n’est donc jamais seulement une couvrure. Il est une matière technique, historique et sensible. Son tannage, sa surface, son grain, son vieillissement, tout cela renseigne à la fois sur sa fabrication et sur son usage.
Apprendre à reconnaître ces différences, c’est déjà mieux comprendre le livre lui-même.
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Références à mentionner en fin d’article
Références
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BnF – Conservation : critères de choix d’un cuir de veau à tannage végétal, notamment pour des usages patrimoniaux.
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Enssib / OpenEdition : repères d’identification des cuirs de reliure et vocabulaire de base.
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Wikisource – L’Encyclopédie : entrées « Tan », « Tanneur », « Cuir ».









