La couture : pourquoi découdre pour recoudre ?
Lorsqu’un livre arrive à l’atelier déjà cousu, la question revient souvent — et elle est parfaitement légitime :
Pourquoi découdre ce qui est déjà cousu ?
Après tout, le livre tient, les cahiers sont assemblés. Recoudre semblerait alors une opération inutile.
Et pourtant.
Une couture… mais laquelle ?
Le livre confié au relieur est le plus souvent cousu à la machine par l’imprimeur.
Cette couture industrielle a un objectif précis : permettre l’assemblage rapide et efficace des cahiers pour la diffusion du livre.
Elle est pensée pour l’impression, la mise en vente, la lecture courante.
Elle n’est pas conçue pour une reliure traditionnelle.
Deux logiques différentes
La couture industrielle et la couture de reliure n’obéissent pas aux mêmes principes :
-
la première privilégie la vitesse et l’économie,
-
la seconde cherche la souplesse, la durabilité et le respect du papier.
Une couture machine peut être parfaitement fonctionnelle… tout en étant inadaptée à une structure de reliure artisanale.
Ce que l’on ne voit pas quand le livre est fermé
Sous un dos qui semble sain peuvent se cacher :
-
des fils trop tendus,
-
des cahiers mal équilibrés,
-
une ouverture contrainte,
-
une usure progressive du papier au niveau des plis.
À chaque ouverture, la couture impose sa logique — parfois au détriment du livre.
Découdre pour comprendre
Découdre n’est jamais un geste systématique sur un livre relié.
C’est un temps d’observation : comprendre comment le livre a été assemblé, identifier la couture d’origine, mesurer ses limites.
Ce n’est qu’à ce moment que le relieur peut décider de la meilleure structure à redonner au volume.
Recoudre selon la logique du livre
La couture de reliure traditionnelle n’est pas une simple répétition du geste initial.
Elle est adaptée :
-
au format,
-
à l’épaisseur,
-
au papier,
-
à l’usage futur du livre.
Une bonne couture n’impose rien.
Elle accompagne le mouvement naturel de l’ouvrage.
Une opération discrète, mais essentielle
Découdre puis recoudre n’est donc pas un geste superflu.
C’est ce qui permet au livre de changer de statut :
de produit imprimé, il devient objet durable, pensé pour traverser le temps.
En reliure, ce qui semble inutile au premier regard est souvent ce qui protège le plus longtemps.










