le livre qui a traversé les catastrophes
On l’appelle parfois la Bible du Diable.
Un surnom spectaculaire, presque trop facile. Mais la véritable histoire du Codex Gigas est déjà suffisamment extraordinaire sans y ajouter de mythe.
Ce manuscrit médiéval n’est pas seulement remarquable par sa taille ou son contenu : c’est sa trajectoire à travers l’histoire qui en fait un livre hors norme.
Un manuscrit hors proportions
Réalisé au début du XIIIᵉ siècle dans un monastère de Bohême, le Codex Gigas est l’un des plus grands manuscrits médiévaux conservés :
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près de 75 kg,
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plus de 600 pages de parchemin,
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une Bible complète, enrichie de chroniques, de textes médicaux et historiques.
Un livre que l’on ne déplace pas facilement. Et pourtant…
Un livre qui survit à tout
Au fil des siècles, le Codex Gigas quitte son monastère d’origine, change de mains, traverse des périodes troublées.
Il échappe à plusieurs destructions, notamment lors des guerres hussites, qui ravagent de nombreux établissements religieux.
Mais son destin bascule au XVIIᵉ siècle.
Butin de guerre
En 1648, à la fin de la guerre de Trente Ans, Prague est pillée par les troupes suédoises.
Le Codex Gigas fait partie des manuscrits emportés comme butin de guerre et transférés à Stockholm.
Un livre sacré, arraché à son contexte, devient un objet politique et symbolique.
L’incendie… et le sauvetage
En 1697, un incendie ravage le château royal de Stockholm.
Pour sauver le manuscrit, on le jette par une fenêtre. Le livre survit. Le parchemin résiste. Le texte reste lisible.
Peu de livres peuvent se vanter d’avoir survécu à un pillage, un exil et une chute depuis un palais en flammes.
Un survivant
Aujourd’hui, le Codex Gigas est conservé à la Bibliothèque nationale de Suède, dans des conditions strictes.
Il n’est plus un livre de lecture, mais un témoin : de la foi, de la guerre, du pouvoir, et de la fragilité de la transmission.
Ce que cette destinée nous rappelle
Le Codex Gigas n’est pas seulement un manuscrit exceptionnel.
Il est la preuve que certains livres ne survivent pas parce qu’ils sont intouchables, mais parce qu’ils sont constamment menacés — et toujours sauvés.
L’histoire du livre n’est pas faite que de pages conservées.
Elle est aussi faite de livres arrachés, déplacés, jetés, récupérés… et parfois, miraculeusement, encore là.
Références
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Bibliothèque nationale de Suède — notice officielle du Codex Gigas
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Bibliothèque nationale de France (Gallica) — articles et notices sur les manuscrits médiévaux monumentaux
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Études médiévales sur la Bohême et les manuscrits du XIIIᵉ siècle
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Travaux historiques sur les pillages culturels durant la guerre de Trente Ans

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