Personne n’ignore le destin du Titanic.
Mais qui connaît celui du légendaire Rubaiyat d’Omar Khayyam ?
Ce livre n’était pas un simple ouvrage de bibliothèque. Il s’agissait d’une édition luxueuse du Rubaiyat, célèbre recueil de quatrains attribués au poète persan Omar Khayyam, dans la traduction anglaise d’Edward FitzGerald. Au début du XXᵉ siècle, la maison de reliure londonienne Sangorski & Sutcliffe reçut la commande d’une reliure exceptionnelle, destinée à devenir l’une des plus somptueuses de son temps.
Fondée à Londres en 1901 par Francis Sangorski et George Sutcliffe, la maison Sangorski & Sutcliffe s’est imposée dans la reliure de luxe anglaise. Elle était particulièrement réputée pour ses reliures précieuses : cuirs raffinés, dorures, mosaïques de cuir, décors floraux, et parfois incrustations de pierres.
Pour le Rubaiyat, Francis Sangorski imagina une reliure presque fabuleuse. L’ouvrage, surnommé plus tard The Great Omar, portait notamment un décor de paons, des cuirs colorés, de l’or et de nombreuses pierres. Selon les récits consacrés à cette reliure, elle demanda environ deux ans de travail et fut pensée comme l’un des plus grands livres d’art de son époque.
Mais son destin fut tragique.
En 1912, le livre fut vendu à un acheteur américain et embarqué vers New York à bord du Titanic. Lorsque le paquebot sombra dans l’Atlantique, le Great Omar disparut avec lui. La reliure, conçue comme un joyau, repose toujours au fond de la mer.
L’histoire aurait pu s’arrêter là. Mais elle prit une tournure presque légendaire. Quelques semaines après le naufrage, Francis Sangorski mourut à son tour dans un accident de baignade. Plus tard, une seconde version du Great Omar fut réalisée par l’atelier, mais elle fut détruite à Londres pendant les bombardements de la Seconde Guerre mondiale. Une troisième version fut ensuite recréée par Stanley Bray, neveu de George Sutcliffe, d’après les dessins originaux ; elle est aujourd’hui conservée à la British Library.
Cette histoire explique pourquoi le Great Omar est parfois présenté comme un livre “maudit”. Mais au-delà de la légende, il raconte surtout la puissance symbolique de la reliure.
Une reliure peut protéger un texte.
Elle peut aussi le magnifier, le transformer en objet d’art, presque en trésor.
Avec Sangorski & Sutcliffe, la reliure devient un écrin. Le livre n’est plus seulement destiné à être lu : il est regardé, admiré, transmis, parfois même rêvé. Leur travail rappelle que certains relieurs ont donné au livre une dimension proche de la joaillerie.
Le Rubaiyat du Titanic a disparu.
Mais son histoire continue de faire briller le nom de ceux qui l’avaient relié.
Références
- Harry Ransom Center, article sur Sangorski & Sutcliffe et le Great Omar.
- The Guardian, “Legendary book goes to British Library”.
- Peter Harrington, “The Cursed Book: Sangorski and Sutcliffe’s Great Omar”.
- Sources bibliographiques autour de Sangorski & Sutcliffe et du Rubaiyat d’Omar Khayyam.

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