Là où Dulac donne souvent au livre une atmosphère de rêve, Schmied lui donne une présence presque précieuse. Chez lui, l’illustration ne vient pas seulement accompagner le texte. Elle participe à un ensemble complet, où la page, la couleur, la typographie, l’ornement et parfois même la reliure semblent pensés comme les éléments d’un même objet d’art.
Né à Genève en 1873, François-Louis Schmied devient l’une des grandes figures du livre illustré de luxe au début du XXᵉ siècle. Il fut à la fois peintre, graveur sur bois, imprimeur, éditeur et illustrateur, ce qui lui donne une place particulière parmi les artistes du livre. Il ne se contente pas de fournir des images : il conçoit le livre dans sa totalité.
Son art est profondément lié à la bibliophilie. Les livres de Schmied sont des ouvrages rares, souvent tirés à petit nombre, destinés à des amateurs capables d’apprécier la qualité du papier, la richesse des couleurs, la précision de la gravure et l’équilibre de la mise en page. Dans ses œuvres, le livre devient un espace décoratif complet, presque architectural.
Schmied est particulièrement associé à l’esthétique Art déco. La Bibliothèque nationale de France le présente comme l’une des figures importantes de cette esthétique appliquée au livre illustré luxueux et raffiné. Son Cantique des cantiques, publié en 1925, année de l’Exposition internationale des Arts décoratifs à Paris, est souvent considéré comme l’un de ses chefs-d’œuvre.
Ce qui frappe chez lui, c’est la maîtrise de la couleur. Ses compositions peuvent évoquer l’Orient, les récits antiques, les textes sacrés ou les grands mythes, mais toujours avec une rigueur décorative remarquable. Les aplats colorés, les rythmes géométriques, les silhouettes stylisées et les ornements donnent à ses pages une intensité très particulière.
Schmied n’est pas seulement un illustrateur au sens habituel du terme. Il est aussi un artisan de la page. Son travail de graveur sur bois lui permet de penser l’image dans son rapport direct à l’impression. Le dessin, la gravure, l’encrage, la couleur et la composition ne sont pas séparés : ils appartiennent à une même exigence.
Parmi ses grands travaux figurent notamment des éditions bibliophiliques liées à des textes majeurs. La BnF conserve par exemple une édition de L’Odyssée d’Homère, publiée entre 1930 et 1933, où François-Louis Schmied intervient comme illustrateur et décorateur, avec Théo Schmied à la gravure sur bois et Jean Saudé à la couleur au pochoir.
La comparaison avec Edmund Dulac est intéressante. Dulac ouvre des portes vers le conte, la féerie, le mystère et l’image rêvée. Schmied, lui, semble construire le livre comme un écrin. Son univers est moins flottant, plus architecturé. Il ne cherche pas seulement à faire rêver : il magnifie la page.
C’est sans doute ce qui rend son œuvre si précieuse dans l’histoire du livre. François-Louis Schmied rappelle que l’illustration peut devenir une véritable architecture visuelle. Entre la gravure, la couleur, l’ornement et la typographie, il fait du livre un objet total.
Avec lui, le livre illustré n’est plus seulement un support de lecture.
Il devient un lieu de beauté, de patience et de maîtrise.
Références
- Bibliothèque nationale de France, présentation de Le Cantique des cantiques de François-Louis Schmied et Pierre Legrain.
- BnF Fantasy, notice autour de L’Odyssée illustrée et décorée par François-Louis Schmied.
- Marcilhac Galerie, biographie de François-Louis Schmied.
- ArtDeco.org, article sur François-Louis Schmied comme maître du livre Art déco.
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