De quoi sont faits les plats supérieur et inférieur d’un livre ancien ?
Dans le vocabulaire de la reliure, les plats supérieur et inférieur désignent les deux surfaces rigides qui forment la couverture d’un livre. Ces éléments, souvent méconnus du grand public, sont pourtant essentiels à la structure, à la protection et à la longévité de l’ouvrage.
Mais que se cache-t-il réellement sous le cuir, la toile ou le papier décoratif ? De quoi sont faits ces plats ? Et comment ont-ils évolué au fil du temps ? Cet article vous propose une petite exploration de ces composants discrets mais fondamentaux.
Les plats, une base structurelle du livre
En reliure, les plats sont les deux éléments rigides qui enveloppent le bloc texte :
Ces deux parties sont reliées par le dos, qui protège la couture et permet l’ouverture de l’ouvrage. Ensemble, ils forment la reliure rigide, celle que l’on retrouve dans la majorité des livres anciens et dans la reliure d’art.
Les ais : les plats en bois dans les reliures anciennes
Avant l’introduction du carton, les plats étaient faits de bois. Dans ce contexte, on les appelle des ais — un terme technique que l’on retrouve dans les descriptions de reliures anciennes.
Les ais étaient généralement découpés dans du chêne, du sapin, ou parfois d’autres bois locaux. Ils apportaient une excellente solidité à l’ouvrage, le protégeant contre l’humidité, les chocs et le temps.
Ce type de reliure était courant :
Il arrive encore de trouver des livres dont les ais sont conservés, parfois recouverts de cuir postérieur. Leur présence se devine au poids de l’ouvrage, à l’épaisseur de la couverture ou aux traces de fermoirs métalliques.
Le carton : un matériau issu du papier
Dès le XVIIᵉ siècle, avec la démocratisation de l’imprimerie et la multiplication des éditions, le bois est progressivement remplacé par un matériau plus léger et plus économique : le carton.
Mais il ne s’agissait pas encore du carton tel qu’on le connaît aujourd’hui.
Les premiers cartons de reliure étaient fabriqués à partir de "jets" de papier — autrement dit, des feuilles de rebut récupérées, encollées, superposées puis pressées. Ce processus artisanal permettait de créer un carton plein, dense et résistant, tout à fait adapté à la fabrication des plats.
Ce matériau offrait plusieurs avantages :
Le XVIIIᵉ siècle voit ensuite sa généralisation dans tous les types de reliures, y compris celles de qualité.
On trouve également du carton bouilli, obtenu par trempage et pressage, utilisé pour certaines reliures spécifiques nécessitant une rigidité accrue.
Et aujourd’hui ?
Dans les reliures modernes, notamment industrielles ou semi-artisanales, d’autres matériaux ont été introduits :
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Carton aggloméré : économique, mais moins durable.
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Plastique : utilisé dans les manuels scolaires ou les livres souples.
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Matériaux composites, métal ou acrylique : dans les éditions de luxe ou les créations artistiques contemporaines.
Toutefois, dans le domaine de la reliure artisanale, de la restauration ou de la reliure d’art, le carton plein reste le matériau de choix pour les plats. Quant aux ais en bois, ils continuent d’être étudiés, restaurés et reproduits dans le cadre de projets de conservation ou de reconstitution historique.
Sources et références
Michel, R., Manuel de la reliure, Éditions Eyrolles.
→ Un guide pratique sur les techniques traditionnelles de reliure, incluant l’évolution des matériaux (bois, carton plein, etc.).
Barbier, Frédéric, Histoire du livre, Éditions Armand Colin.
→ Une synthèse historique précieuse sur l’évolution du livre en Europe, incluant les pratiques de reliure et les matériaux utilisés.
Cercle de la Librairie / CNRS, Vocabulaire technique de la reliure.
→ Répertoire spécialisé des termes utilisés en reliure, comme ais, carton plein, plat, etc.