Jean Grolier n’était pas relieur.
Et pourtant, son nom est devenu l’un des plus importants de l’histoire de la reliure.
Humaniste du XVIᵉ siècle, grand lecteur et bibliophile exigeant, Jean Grolier aimait les livres pour ce qu’ils contiennent autant que pour la manière dont ils sont faits.
Le livre comme espace de partage
Grolier lit, annote, prête. Sa devise, Io. Grolierii et Amicorum — « à Jean Grolier et à ses amis » — dit clairement sa vision : le livre n’est pas un objet figé, mais un compagnon de pensée destiné à circuler.
Cette conception humaniste influence directement la reliure. Elle ne doit ni écraser le texte, ni l’éclipser, mais l’accompagner avec justesse.
Commander avec intelligence
L’apport de Grolier au métier de relieur tient surtout à son rôle de commanditaire éclairé.
Il demande des reliures cohérentes, pensées comme un tout, où structure, décor et contenu dialoguent.
Les reliures dites « à la Grolier » se reconnaissent à leurs entrelacs géométriques, leurs filets dorés mesurés, leurs compositions équilibrées. Rien d’ostentatoire : tout est question d’ordre, de clarté et de mesure.
Un dialogue avec les relieurs
Grolier s’entoure de relieurs de grand talent, à Paris comme en Italie, et travaille avec eux dans un véritable échange.
Par cette exigence partagée, il contribue à élever la reliure au rang de langage visuel, et le relieur au rang d’interprète.
Un héritage durable
Aujourd’hui encore, le nom de Grolier évoque une idée forte : celle d’un livre pensé dans son ensemble, au service du texte et du lecteur.
Sans manier les outils, Jean Grolier a profondément influencé un métier, simplement en sachant ce qu’il attendait d’un livre — et en le demandant avec intelligence.
Références:
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Bibliothèque nationale de France — fonds Grolier, reliures humanistes
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Georges Colin, La reliure française — Renaissance et bibliophilie humaniste
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Mirjam Foot, travaux sur la reliure de la Renaissance

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