Bibliographie sur l'histoire de la reliure

lundi 31 août 2026

Paroles d’atelier : Ce que les livres rapportent parfois des vacances…

 



Petits souvenirs glissés entre les pages

Dans l’atelier, les livres ne reviennent jamais tout à fait seuls.
Entre leurs pages se cachent parfois quelques grains de sable, un brin d’herbe séché, un billet de train, une carte postale ou le reçu d’un café oublié depuis longtemps.
D’autres rapportent des souvenirs moins discrets : une couverture légèrement gondolée, une trace de crème solaire, une page cornée ou une petite tache laissée par une lecture au bord de l’eau.
Ces marques racontent à leur manière un voyage, un jardin, une plage ou un après-midi passé à l’ombre. Elles ne font pas partie du texte, mais elles appartiennent déjà à l’histoire du livre et de son lecteur.
À la rentrée, certains ouvrages retrouvent simplement leur place dans la bibliothèque. D’autres passent par l’atelier, où l’on tente de préserver leur histoire… tout en effaçant délicatement les traces du voyage.
Et vous, quel souvenir inattendu avez-vous déjà retrouvé entre les pages d’un livre ?


vendredi 28 août 2026

Les grands illustrateurs : George Barbier L’élégance des Années folles

 



Né à Nantes en 1882, George Barbier fut à la fois peintre, illustrateur, dessinateur de mode et décorateur. Son univers se reconnaît immédiatement : silhouettes raffinées, couleurs franches, lignes précises et décors inspirés de l’Antiquité, du théâtre et des arts décoratifs.

À partir des années 1910, ses images accompagnent les élégances de son temps. Il travaille pour la presse de mode, illustre des ouvrages précieux et crée également des affiches, des éventails, des menus, des bijoux et des costumes de scène.

Dans ses almanachs Falbalas et Fanfreluches, publiés dans les années 1920, la mode devient presque un jeu : robes, accessoires et scènes mondaines composent un monde gracieux, léger et délicieusement théâtral.

George Barbier ne se contente pas d’habiller ses personnages. Il leur invente un décor, une attitude et tout un art de vivre.

Ses illustrations conservent aujourd’hui le charme d’un été hors du temps, fait de jardins, de fêtes, de voyages et d’élégantes promenades.

Références

  • Bibliothèque nationale de France, notice d’autorité « George Barbier (1882-1932) ».
  • Bibliothèque du musée des Arts décoratifs, « Les élégantes illustrations de George Barbier ».
  • Bibliothèque du musée des Arts décoratifs, « Les Almanachs de George Barbier : Falbalas et Fanfreluches ».
  • Musée des Arts décoratifs, notice consacrée à La Guirlande des mois

lundi 24 août 2026

Les noms qui ont fait l'histoire de la reliure : Rose Adler




Évocation libre de l’univers Art déco de Rose Adler 
illustration originale réalisée avec l’aide de l’IA.

L’élégance au service du texte

Rose Adler appartient à cette génération de créateurs qui, dans les années 1920, donne à la reliure un langage résolument moderne.

Née en 1890, elle entre en 1917 à l’Union centrale des Arts décoratifs, où elle apprend notamment la dorure auprès d’Henri Noulhac. Ses premières reliures sont exposées en 1923 au Pavillon de Marsan, puis au Salon des Artistes décorateurs.

Son travail attire l’attention du grand collectionneur Jacques Doucet, qui la met en relation avec Pierre Legrain. Rose Adler développe pourtant une écriture très personnelle : peaux souples, couleurs raffinées, compositions libres et titres intégrés au décor.

Pour elle, la reliure ne doit pas simplement embellir le livre. Elle doit en saisir l’esprit :

« Le relieur moderne est vraiment moderne en ceci : il est au service du texte. »

Ses décors ne cherchent donc pas à illustrer littéralement le récit. Ils en suggèrent plutôt le rythme, l’atmosphère ou la musique intérieure.

Membre de l’Union des artistes modernes à partir de 1934, elle participe également, en 1946, à la fondation de la Société de la reliure originale, dont elle est l’unique femme parmi les membres fondateurs.

Disparue en 1959, Rose Adler laisse une œuvre d’une grande liberté, où la maîtrise du métier s’efface derrière une élégance presque naturelle.




vendredi 21 août 2026

Pages perdues de l'histoire : Le Codex Rotundus — Un joyau rond du XVe siècle

 


                         
                                    Illustration originale réalisée avec l’aide de l’IA, librement inspirée de sources historiques.
                       

Le Codex Rotundus : un étonnant livre rond du XVe siècle

Un livre doit-il nécessairement être rectangulaire ? Le Codex Rotundus prouve le contraire.

Réalisé probablement à Bruges à la fin du XVe siècle, ce livre d’heures en latin et en français possède une forme presque parfaitement ronde. Ses 266 feuillets de parchemin ne mesurent que neuf centimètres de diamètre : il tient aisément dans la paume d’une main.

Malgré ce format minuscule, il renferme trois grandes miniatures et trente initiales historiées. Son dos ne mesure qu’environ trois centimètres ; trois fermoirs ornés de lettres gothiques maintiennent donc l’ensemble fermé.

Cet objet précieux aurait été commandé par Adolphe de Clèves, proche de la cour des ducs de Bourgogne. À la fois livre de prières personnel et signe de distinction, il est aujourd’hui conservé à la bibliothèque de la cathédrale de Hildesheim, en Allemagne.

Petit, rond et richement enluminé, le Codex Rotundus ressemble moins à un volume ordinaire qu’à un bijou que l’on pourrait ouvrir.


Source : Dombibliothek Hildesheim, notice consacrée au Codex Rotundus.

lundi 17 août 2026

Les lieux insolites du savoir : Entre deux bains, un peu de lecture

 


Les cabinets de lecture des villes d’eaux et des stations balnéaires

Au XIXᵉ siècle, les villes d’eaux et les stations balnéaires ne proposaient pas seulement des bains, des promenades ou des concerts.

Dans les grands hôtels, les casinos et les établissements thermaux, on trouvait aussi des cabinets de lecture. Curistes et vacanciers pouvaient y consulter les journaux, feuilleter des revues ou emprunter quelques livres.

 Dans les villes d’eaux et de nombreuses stations balnéaires, ces salons calmes faisaient partie des plaisirs de la villégiature. On y suivait les nouvelles du monde avant de retourner au parc, à la promenade ou au bord de la mer.

Ces cabinets étaient, en quelque sorte, les bibliothèques de vacances de leur époque.

Aujourd’hui, la lecture voyage autrement : liseuse, tablette, smartphone ou livre audio accompagnent désormais les vacances. Le livre imprimé demeure, mais il partage peu à peu sa place avec ces nouveaux usages.

Autrefois, les stations préparaient un salon pour leurs lecteurs. Aujourd’hui, chacun peut emporter sa bibliothèque avec lui.

Et vous, quel support accompagne vos lectures d’été ?


Sources : BnF, Michel Bonneau, « Tourisme et villégiature balnéaire vers 1850 », Persée ; archives patrimoniales de Vichy Destinations. Données contemporaines : Baromètre 2025 du Centre national du livre.

lundi 10 août 2026

Histoire de la reliure : Quand les livres prenaient la route





 Les reliures de voyage : petits formats et livres nomades

 Bien avant le livre de poche, certains ouvrages avaient déjà appris à se faire petits.

Ils se glissaient dans une poche, se tenaient dans la main ou s’attachaient parfois à la ceinture. Car le livre n’a pas toujours été destiné à rester bien droit sur le rayon d’une bibliothèque : il pouvait aussi accompagner son lecteur sur les chemins.

Au Moyen Âge, il existait ainsi des livres plicatifs. Leurs feuillets de parchemin, pliés plusieurs fois, formaient une sorte de petit étui facile à transporter. La Bibliothèque nationale de France conserve notamment un calendrier portatif présenté comme un véritable « livre de poche » avant l’heure.

Plus étonnant encore, le livre de ceinture possédait une couvrure souple prolongée par une pièce de peau. On pouvait le tenir par cette extrémité ou le fixer à sa ceinture afin de garder les mains libres. Certains de ces petits volumes, presque de la taille d’une poche, étaient recouverts d’une peau très souple, comparable au toucher du daim.

Ces livres voyageurs n’étaient pas nécessairement simples ou modestes. Le British Museum conserve même un minuscule livre de prières doté de plats en or émaillé et d’anneaux de suspension : un objet précieux conçu pour être porté sur soi.

Calendrier, livre de prières ou petit ouvrage personnel : chacun répondait déjà à un désir très actuel — emporter avec soi quelques pages familières.

Aujourd’hui, nos livres voyagent dans les sacs de plage et les valises. Les formats ont changé, mais le geste reste le même : choisir celui qui nous accompagnera loin de la maison.

Quel livre avez-vous glissé dans votre valise cet été ?


Sources : Bibliothèque nationale de France, Library of Congress et New York Public Library. Pour approfondir : Margit J. Smith, The Medieval Girdle Book, 2017.


vendredi 7 août 2026

Citation du jour : Voyager sans carte





 « Ce que j’aime dans les livres : un voyage sans carte. »

Rumaan Alam

Traduction de l’anglais : « That’s what I love about books — a journey without a map. »
Rumaan Alam, « The books of my life », entretien publié dans The Guardian, 5 septembre 2025.